Asie-Pacifique
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VUE D'ENSEMBLE
L’année passée a été une année très difficile pour les défenseurs des droits humains en Asie. Des acteurs, liés ou non à l’État, ont continué à empiéter sur leurs droits, pourtant garantis par la Déclaration des Nations Unies sur les Défenseurs des Droits Humains. Les autorités ont surveillé et intimidé des DDH à travers toute la région. Des lois draconiennes sur la sécurité ont été utilisées pour cibler les DDH qui travaillent sur des questions que les autorités considèrent comme controversées ou politiques. En Malaisie, l’Ordonnance d’Urgence (Emergency Ordinance) a été utilisée pour arrêter les DDH associés à la Coalition pour des Élections Transparentes et Équitables. Au Vietnam, des accusations de tentative de renversement du gouvernement, en vertu de l’article 79 du Code Pénal qui prévoit la peine capitale, ont été utilisées contre les DDH critiques à l’égard du gouvernement. Les autorités ont répondu avec la même sévérité aux critiques mineures ou non politiques. Le professeur Pham Minh Hoang, qui avait critiqué les politiques environnementales du gouvernement, purge actuellement une peine de 17 mois de prison et sera assigné à résidence durant les trois années suivant sa libération. Le Bangladesh, le Cambodge, la Chine, la Malaisie et la Thaïlande ont entamé un processus d’adoption de nouvelles lois qui entraveront encore plus le travail des DDH. Au Cambodge, un projet de loi sur les Associations et les ONG (LANGO) est actuellement examiné par le Conseil des Ministres. Le texte a suscité de nombreuses critiques car il prévoit un enregistrement obligatoire des groupes et criminalise ceux qui ne sont pas enregistrés. Elle oblige les ONG et les organisations communautaires à présenter des bilans financiers réguliers; les organisations qui manquent à ce devoir seront considérées comme illégales. Le Bangladesh était aussi en train d’examiner un projet de loi qui pourrait prendre pour cible les ONG de défense des droits humains critiques. Sous le système actuel, les ONG qui reçoivent des fonds étrangers doivent obtenir l’accord préalable du Bureau des Affaires relatives aux ONG, contrôlé par le gouvernement.Les blogueurs et ceux qui militent dans les médias par le biais d’Internet pour sensibiliser le public aux questions des droits humains ou qui dénoncent les exactions, ont été harcelés, arrêtés et placés sous surveillance renforcée en Birmanie, en Chine, à Singapour, en Thaïlande et au Vietnam. Des sites d’organisations de défense des droits humains ont été bloqués ou piratés. Paulus Le Van Son, un blogueur vietnamien reconnu, a été arrêté et placé en détention sans pouvoir contacter sa famille et son avocat depuis septembre, pour avoir écrit sur le thème des droits humains. Les conflits armés qui déchirent l’Afghanistan, la Birmanie, l’Inde, le Pakistan, le sud de la Thaïlande et les Philippines n’ont pas cessé d’affecter la sécurité des défenseurs des droits humains. Les DDH qui exposent les abus commis par les forces de sécurité et les groupes militants se sont retrouvés vulnérables aux attaques perpétrées par les deux parties du conflit. Dans ces pays, les DDH qui enquêtent sur les exécutions extrajudiciaires et les actes de torture ont été étiquetés comme agents de l’opposition armée. Aux Philippines, le groupe de défense des droits humains Linundigan et le Service de Santé Communautaire du Nord Mindanao ont dû évacuer leur personnel en raison de problèmes de sécurité, après que les autorités les ont désignés comme des sympathisants du Parti Communiste. Au Sri Lanka, dans un contexte post-conflit, les DDH étaient toujours diabolisés et qualifiés de partisans des Tigres de Libération de l’Îlam Tamoul (LTTE), groupe actuellement inactif. Sunanda Deshapriya et sa famille ont été menacés de mort après avoir participé à un événement organisé par le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU au Sri Lanka. Il a été victime d’une campagne de diffamation orchestrée par des membres du gouvernement, et les médias publics l’ont classé dans la catégorie des partisans des LTTE. Des assassinats de syndicalistes et DDH qui défendaient les droits des communautés, des peuples indigènes et qui luttaient contre la corruption ont été perpétrés en Inde, en Indonésie, au Pakistan, aux Philippines et en Thaïlande. En août, la militante pour le droit à l’information Shehla Masood a été abattue en Inde pour avoir appelé à la fin de la corruption. En Thaïlande, Thongnak Sawekjinda, leader d’une communauté locale en Thaïlande, a lui aussi été abattu en août pour ses actions liées à l’industrie des mines de charbon. En octobre, Petrus W. Ajamiseba et Leo Wangdegau, membres du syndicat All Indonesia, ont été assassinés par balles par la police de Papouasie, pour avoir pris la tête d’une manifestation qui appelait à de meilleures conditions de travail. Le même mois, le Père Fausto Tentorio a été assassiné aux Philippines pour avoir demandé au gouvernement local de respecter les droits des communautés. Aucun progrès n’a été enregistré concernant les enquêtes sur les meurtres commis les années précédentes. Les personnes derrière le meurtre de l’activiste Chea Vichea au Cambodge et du défenseur des droits humains Munir Thalib en Indonésie, restent impunies. L’enquête sur la disparition forcée de l’avocat thaïlandais Somchai Neelaphaijit est également au point mort, prouvant le manque de volonté politique de faire la lumière sur sa disparition et sur les responsables. La situation n’a pas évolué pour les défenseurs des droits LGBTI, qui ont été harcelés et qui ont rencontré une forte opposition à leur travail. En novembre 2011, Seksualiti Merdeka, une coalition d’ONG en Malaisie, a été contrainte d’annuler un festival pour les droits à la sexualité, après que la police a interdit l’événement. Les DDH en Asie attendaient toujours avec impatience la perspective d’un mécanisme régional crédible pour défendre les droits humains dans leurs pays. La Commission Intergouvernementale des Droits Humains de l’ASEAN (AICHR), établie en octobre 2009, est restée non opérationnelle car les deux années ont été consacrées à rédiger la Déclaration des Droits Humains de l’ASEAN. Malgré la déception au sujet du manque de progrès, de nombreux DDH sont restés impliqués et ont gardé l’espoir que l’AICHR évolue en un véritable mécanisme, avec des mandats de promotion et de protection des droits humains. De façon plus positive, plusieurs gouvernements d’Asie du sud ont fait part de leur intérêt pour le développement d’un mécanisme similaire.
La levée de la consignation à domicile du leader pro démocratie Aung San Suu Kyi en novembre 2010 a redonné de l'espoir à tous ceux qui défendent les droits humains en Birmanie. Cependant, la liberté d'expression, d'association et de rassemblement est toujours fortement entravée et certains défenseurs des droits humains ont purgé de longues peines de prison sans avoir été jugés ni avoir pu recourir à un conseil judiciaire indépendant dans leur combat contre les politiques sévères appuyées par l'armée.
Au Cambodge, les défenseurs des droits humains, en particulier les syndicalistes, les activistes pour le droit à la terre et les journalistes, ont continué à exprimer leurs critiques à l'égard de la politique de l'état, et ceux qui ont élevé la voix face à l'injustice se sont vu arrêter et emprisonner et ont subi des actes d'intimidation. Le nombre de défenseurs des droits humains ayant été attaqués en justice pour des charges fictives a augmenté en 2010. Le projet de loi sur les associations et les ONG, présenté en décembre 2010 et toujours en attente, est particulièrement préoccupant. S'il est adopté, cela signifierait l'introduction d'une inscription obligatoire pour toutes les ONG avant qu'elles puissent être autorisées à « exercer toute activité » et la procédure d'inscription impliquerait de lourdes contraintes. Le projet de loi inclut de vagues propositions pouvant permettre la fermeture ou le rejet de candidats à l'inscription et imposerait une obligation pour les organisations internationales de collaborer avec le gouvernement pour la planification, la mise en œuvre et l'évaluation de leurs projets.
L'année 2010 fut une autre année difficile pour les défenseurs des droits humains en Chine, même si la remise du prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo a grandement remonté le moral de ceux qui sont engagés dans la défense des droits humains. L'état a continué à harceler et à intimider des avocats, des blogueurs, des écrivains, des journalistes, des activistes religieux défendant les droits humains et des responsables de campagnes de promotion de la santé. Le cas de l'avocat de défense des droits humains Gao Zhisheng démontre jusqu'où le gouvernement chinois est capable d'aller afin de faire taire les opposants. Il a brièvement refait surface en mars 2010 suite à un an de séquestration aux mains des services de sécurité de l'état et il a déclaré avoir été brutalement torturé. Il a disparu une nouvelle fois le 20 avril 2010 et personne n'a eu de ses nouvelles depuis. Les actes de répression ayant suivi l'annonce du prix Nobel de la paix ont été sans précédent. De nombreux défenseurs des droits humains de toute la Chine ont disparu, ont été assignés à résidence, privés de visa pour quitter le pays ou très lourdement surveillés. Au moment où nous écrivons, la femme de Liu Xiaobo est toujours totalement assignée à résidence sans aucun contact avec le monde extérieur.
En Inde, la taille et la diversité du pays font que les défenseurs des droits humains sont exposés à différents dangers et doivent relever différents défis dans différentes régions. Certaines régions telles que Jammu et le Cachemire et le Nord-Est posent des problèmes supplémentaires en raison des troubles sociaux. Le cas du docteur Binayak Sen, du bureau régional de l'Union populaire pour les libertés civiles à Chhattisgarh a été largement médiatisé. En décembre 2010, il a été condamné à la prison à perpétuité pour rébellion et conspiration. La sévérité de la peine reflète l'intention du gouvernement de montrer aux défenseurs des droits humains de tout le pays que leurs actions ne resteront pas impunies.
Les défenseurs des droits humains d'Indonésie sont toujours en danger. La criminalisation des défenseurs des droits humains sur des charges fictives, dont l'utilisation de lois sur la calomnie, est toujours employée par l'état pour faire taire les critiques. En 2010, aucune amélioration n'a été rapportée concernant la mise en œuvre de mécanismes visant à protéger les personnes en danger. Les groupes coupables d'attaques contre des défenseurs des droits humains, qu'ils soient issus du gouvernement ou non, ont continué à jouir d'une impunité quasi totale. Au Pakistan, les organisations civiles et les défenseurs des droits humains opèrent dans un environnement vraiment risqué. Les défenseurs des droits des femmes, les juges et les avocats ainsi que ceux qui travaillent sur des sujets liés à la religion et au blasphème ont été particulièrement exposés. Dans la province de Khyber- Pakhtunkhwa, ainsi que dans les zones tribales, les talibans ont continué à imposer de très sévères restrictions au mouvement des femmes et à prendre pour cible ceux qui œuvrent pour les droits de la femme. Les avocats travaillant sur des cas de blasphèmes ont été les cibles permanentes de menaces et de harcèlement et ont dû travailler dans un climat de peur.
Aux Philippines, le nombre d'exécutions extrajudiciaires de défenseurs des droits humains a régressé au cours des deux ou trois dernières années. Cela dit, le gouvernement a continué à persécuter les personnes s'exprimant et à les salir en les accusant d'être liés à des groupes armés. La peur bien fondée concernant l'existence de listes de cibles militaires est toujours actuelle, et de nombreux noms sur ces listes sont des noms de défenseurs des droits humains. En conséquence, bon nombre d'entre eux sont toujours basés dans des bâtiments sécurisés à usage temporaire. Il a été rapporté que des listes de cibles concernant des défenseurs des droits humains existent au Sri Lanka. En mars 2010, les médias ont signalé que les services secrets de l'état ont établi une liste de 35 personnes considérées comme membres de l'opposition et identifiées comme cibles. La liste inclut J.C. Weliamuna de Transparency International Sri Lanka, Paikiasothy Saravanamuttu du Centre pour des alternatives politiques et plusieurs autres défenseurs des droits humains et journalistes. Plusieurs cas d'attaques, de menaces et de restrictions du travail des défenseurs des droits humains ont été signalés en 2010, en particulier dans le Nord et l'Est.
Les défenseurs des droits humains au Vietnam sont toujours considérablement en danger car le gouvernement utilise le système législatif pour éliminer toute forme de contestation. Quatre défenseurs des droits humains au moins ont été accusés de propagande contre l'état et ont été catalogués comme terroristes pour avoir protesté contre des abus ou pour avoir critiqué la politique du gouvernement.
URGENT CASES
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LIENS
- Forum Asie Pacifique sur les femmes, le droit et le développement
- Programme de formation en diplomatie
- Commission asiatique des droits de l'homme
- Human Rights and Peace Society (Nepal
- Commission des droits de l'homme du Pakistan
- Conseil des droits de l'homme d'Australie
- Human Rights in China (HRIC)
- Shan Women’s Action Network (SWAN) (Burma/Thailand)
- Institute for Policy Research and Advocacy (ELSAM) Indonesia
- Tenaganita SDN BHD (Malaysia)
- Urban Poor Consortium (Indonesia)
- Women’s League of Burma
- Olympic Watch: Human Rights in China and Beijing 2008










